Départ pour la grande botte : Au coeur de la confection italienne.

Bonjour à tous ! C’est la dernière ligne droite avant le lancement de notre projet secret qui sortira la semaine prochaine ! En attendant, cela faisait un petit moment que nous souhaitions vous parler du « made in Italy ». En effet, Jérémy étant un amoureux du cuir, il suit depuis plusieurs années déjà un grand nombre de ces artisans. Nous avons donc interviewé deux professionnels qui travaillent régulièrement avec ce pays à la langue si proche et aux moeurs bien différentes !

Laurent Le Cam, du blog Milanese Special Selection

Nous citons régulièrement le travail de ce blogueur dans nos colonnes, notamment lors de notre revue de presse mensuelle. C’est avec un plaisir non dissimulé que nous mettons aujourd’hui ses connaissances en avant sur notre blog.


Be What You Wear – Quels sont les grands types d’artisanat pour lesquels l’Italie possède encore de grands atouts ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Pourquoi « encore » ? L’Italie possède de grands atouts industriels, principalement dans trois domaines : l’habillement, la gastronomie et les machines-outils. Les entreprises italiennes sont plutôt, par tradition, des structures familiales, ce qui représente à la fois un handicap et une force. Un handicap, dans la mesure où leur croissance ne passe pas par un appel à des financements extérieurs ; une force, précisément parce qu’elles sont moins susceptibles de se faire absorber et évitent ainsi le risque d’une déperdition ou d’un remplacement des savoir-faire. Tout cela, d’ailleurs, est en train d’évoluer. Les Italiens ont compris les enjeux de la globalisation et la nécessité pour eux de se montrer un peu moins protectionnistes, ce qui faisait jusqu’à présent leur particularité.


al bazar
Al bazar milano, le magasin de Lino Leluzzi.


Be What You Wear – Plus particulièrement en termes d’habillement, quelles sont ses activités de prédilection ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Je ne crois pas révéler de grands secrets en disant que l’Italie est présente depuis très longtemps sur le marché du haut de gamme. L’excellence italienne est une réalité. Elle est portée par une clientèle historique hors des frontières, par l’émergence de nouveaux marchés (Corée, pays nord-européens, notamment), et, jusqu’à une date récente, par une demande intérieure non négligeable. Ce qui ne veut pas dire que toutes les entreprises ou toutes les marques italiennes se vaillent ou se portent bien, ni qu’elles pratiquent le même effort de qualité. L’idée d’une Italie, terre de miracles artisanaux, est une utopie. Il y a, localement, plus de foyers artisanaux qu’ailleurs, plus de PME également dans les secteurs du tissu, de la confection, de la chaussure, de la maille… La concurrence est assurément bénéfique, surtout lorsqu’elle est associée à un sentiment de fierté nationale, ce qui est le cas. Il y a de grands champions en Italie, et une réelle volonté de créer de la valeur.

ZDG cravate Cappelli

Une photo provenant d’un e-shop de qualité : Zampa Di Gallina.




Be What You Wear – En termes historiques, qu’est ce qui a amené l’Italie à posséder ces savoir-faire, et comment les entretient-elle aujourd’hui ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Comme je le disais précédemment, c’est la structure familiale des entreprises qui favorise la pérennité des savoir-faire. J’ai parlé récemment de Francesco Maglia, l’un des tout derniers fabricants de parapluies traditionnels au monde. Depuis la fondation de l’entreprise en 1854, tous les fils aînés appelés à reprendre le flambeau ont reçu le prénom de Francesco. Autre cas de figure : la création d’écoles internes. La Scuola di Alta Sartoria créée par Kiton en est un exemple. Le projet de Ciro Paone en 1968 était osé. Il s’inscrivait dans une stratégie d’expansion et d’ouverture de boutiques à l’international. Aujourd’hui, Kiton réalise environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en commercialisant des costumes en prêt-à-porter vendus entre 5000 et 6000 euros. Qui oserait dire que la qualité n’a pas d’avenir ?


Be What You Wear – Comment se situe l’Italie par rapport au marché mondial ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – L’Italie exporte, l’Italie s’exporte, et notamment en France. Pour vous donner un ordre d’idées, nous sommes le premier pays importateur de mode masculine italienne (pour un montant d’un peu plus de 500 millions d’euros). L’année dernière, à période constante, le chiffre d’affaires de la mode masculine italienne s’est élevé à 4,5 milliards d’euros, en croissance de 4,9% par rapport à 2013. Je n’irai pas jusqu’à dire que la situation est idyllique (la crise ukrainienne et la dévaluation du rouble pèsent de tout leur poids sur la consommation des produits de luxe, y compris italiens), mais l’Italie possède un double réservoir de marques et de savoir-faire, et par ailleurs elle fait rêver.

Meccariello Aurum Model Quintus

Parmi les références italiennes préférées de Jeremy, on peut noter Meccariello, qui propose du fait main en made to order. Ici, le modèle Quintus.


Be What You Wear – Y-a-t-il des régions aux savoir-faire particuliers, si oui, lesquels ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Il y a des spécialisations par régions, c’est vrai, la laine dans le Biellais, le cuir en Toscane, la chemiserie à Naples, même si ces spécialisations me semblent aujourd’hui moins prégnantes. Elles datent d’une époque déjà ancienne, celle d’une prospérité sans nuages, quand l’Italie était l’atelier de l’Europe et l’Europe, le centre de la création. La concurrence asiatique, la délocalisation partielle ou totale de certains secteurs de l’habillement ont mis à mal l’emploi, et, par contrecoup, affaibli les particularismes régionaux. Heureusement, il reste des pépites. Jusqu’à présent, les Italiens ont évité deux erreurs que nous, Français, n’avons pas fini de payer : se concentrer exclusivement sur le luxe et délocaliser sans mesure sous prétexte de compétitivité. Quelques fabricants italiens ont ouvert une seconde unité de production hors d’Italie, mais ils l’ont fait prudemment, et ils l’ont fait souvent moins pour des raisons de coût du travail que pour des raisons de réglementation. Gageons qu’ils n’iront pas plus loin. Par ailleurs, je pourrais citer de très belles marques italiennes aujourd’hui dopées par la demande chinoise, alors même que la concurrence chinoise les a fait souffrir pendant des années…


Be What You Wear – Comment voyez-vous l’évolution de la confection italienne pour les années à venir ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Jusqu’à présent, la mode italienne a réussi à échapper à la contamination du style étriqué (petits cols, petits revers, coupes skinny, sans parler des matières), sans doute parce qu’elle travaille sur fond de culture tailleur et s’adresse à une clientèle internationale plus éduquée. Certaines marques font bien de temps en temps quelques entorses à leurs habitudes, des vestes plus courtes pour une clientèle plus jeune, par exemple, mais dans l’ensemble elles respectent les principes fondamentaux de l’élégance, et avant tout le sens des proportions. J’espère que cette situation continuera, autrement dit j’espère que le style italien continuera à trouver son marché un peu partout, au lieu de subir la loi du cool international érigé en dogme absolu. Le style étriqué, propre à bon nombre de marques françaises mais pas seulement, n’a d’autre utilité que d’exclure les tailles non standards tout en réduisant les coûts de fabrication. Un produit simple standard est susceptible d’être fabriqué au gré des humeurs, un jour au Portugal, un autre au Maroc, un autre encore en Roumanie ou en Chine (ce qui, par parenthèse, n’empêche pas le consommateur de payer cher). J’insiste sur le fait que, si le style sans le savoir-faire est une aberration, le savoir-faire sans la créativité n’a pas beaucoup d’intérêt. J’adore le casual, mais il faut quand même savoir où placer le curseur. Un casual même « enrichi » ne peut pas être le tout du vêtement.

corneliani printemps été 2015

Corneliani, printemps été 2015.


Be What You Wear – Selon vous, quels sont les produits italiens les plus représentatifs du savoir-faire italien ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Côté vêtement, toutes les spécialités sont représentées en Italie, du plus luxueux au moyen haut de gamme. Même chose pour la maroquinerie. Il faut comprendre que les Italiens ont un œil. Ils savent dessiner, ils savent associer les couleurs, les matières, ils savent créer des looks. Une marque dont la fabrication est un peu moins bonne saura, le cas échéant, pallier ce défaut ou, plus précisément, le pondérer.


Be What You Wear – Avez-vous des marques italiennes « coup de cœur » que vous aimez particulièrement ? Si oui, lesquelles ?


Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – J’ai des marques coup de cœur, comme tout le monde. Parmi celles, trop rares, que l’on peut trouver en France, je citerai volontiers Gran Sasso pour la maille, Canali pour les costumes. Cela étant, je ne suis pas obsédé par la marque, j’aurais plutôt tendance à être obsédé par la qualité et le style. On peut trouver les deux chez un tailleur sur mesure, chez un fabricant en demi-mesure, dans la confection industrielle ou semi-industrielle, chez un artisan, chez un vendeur de cravates ; l’offre est très vaste. Ils ne sont pas forcément au coin de la rue (bien qu’avec Internet, beaucoup de choses soient au coin de la rue) et c’est tant mieux. L’idée de grandes villes dotées des mêmes offres où nous pourrions tous faire les mêmes découvertes est un peu ennuyeuse. Quant aux billets d’avion, les prix ne sont pas si élevés. Soyez curieux.


Retrouvez Laurent ici, et merci à lui pour le temps et la patience qu’il nous a dédiés.

Valerie du concept store Revenge Hom

Nous avons demandé à Valerie, que nous avons déjà interviewé sur le blog, de nous faire part de son expérience avec les ateliers italiens, avec lesquels elle travaille depuis plus de 10 ans.


Be What You Wear – Qu’est ce qui t’a amenée à travailler en Italie ?

Valérie Pombart, Revenge Hom – C’est ma rencontre en terrain neutre avec un bel italien qui m’a amenée à passer le Gothard.Zampa di gallina

Crédits photo : Zampa di Gallina.


Be What You Wear – Y-a-t-il encore des ateliers italiens ? Où se situent-ils ?


Valérie Pombart, Revenge Hom – L’Italie est un pays culturellement proche du notre et riche de ses différences. L’une d’elles, et non des moindres, est son tissu industriel. Dans le domaine de la confection, l’Italie compte encore un grand nombre d’ateliers répartis sur son territoire selon les domaines d’activité. La laine dans le nord, le cuir en Toscane, les chaussures dans les Marches. Deux raisons majeures à cela, l’esprit de famille et des droits de succession bien différents des nôtres.

Les entreprises se transmettent de génération en génération et on y travaille en famille : parents, enfants, frères et sœurs, cousins…


Be What You Wear – Quelles différences majeures entre l’industrie en France et l’industrie en Italie ?


Valérie Pombart, Revenge Hom – En France, l’industrie textile a souffert des délocalisations, car se sont de grosses structures travaillant sur du volume, entrant ainsi directement en concurrence avec les pays à faible coût de main d’œuvre. Enfin, les droits de succession ne permettent pas toujours de perpétuer l’activité.

À l’inverse, la petite taille des ateliers italiens permet de travailler à façon et sur des petits volumes. C’est aussi pour cette raison que tous les créateurs font appel à ces ateliers pour des petites séries ou pour la fabrication des pièces de défilés.

Belvest-SS15

Belvest, printemps été 2015.


Be What You Wear – Qu’est ce qui t’a poussé à travailler avec des ateliers italiens ?


Valérie Pombart, Revenge Hom – Travailler avec des ateliers italiens est pour moi une évidence, je peux faire fabriquer des petites séries, des pièces uniques et je travaille avec des gens passionnés ayant un vrai savoir-faire (connaissance des matières et des process de fabrication). Pour travailler avec eux, il est indispensable de parler italien. Le relationnel est très important, alors lorsqu’on a la chance de travailler avec un atelier produisant pour de grandes maisons et qu’il s’est créé un vrai partenariat, on peut facilement être mis en relation avec d’autres ateliers de hauts niveaux.

Le seul moment redouté, la date de livraison….il arrive souvent que la commande soit partie alors qu’en faite elle est toujours en production !



Merci à Valérie !

Nous pensons qu’il existait très peu de ressources sur internet concernant la confection italienne, et qu’il fallait absolument aborder le sujet. C’est maintenant chose faite grâce à Laurent et à Valérie. Si vous souhaitez en savoir plus sur le projet secret, inscrivez-vous sur notre newsletter ou sur les réseaux sociaux.



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Adrien Danseur et grand amateur de compote de pêche, j'aime avant tout les créateurs confidentiels, les foulards vintage, et les rayures. Beaucoup de rayures.


2 COMMENTS ON THIS POST To “Départ pour la grande botte : Au coeur de la confection italienne.”

  1. Hervé dit :

    Passionnantes vos interviews, une véritable plongée dans le monde de la confection italienne. Le parallèle avec la production française est très intéressant.

    • Adrien dit :

      Merci Hervé, nous tentons de donner la parole aux professionnels du secteur qui possèdent une vraie expertise sur les sujets qui nous intéressent.

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