À la découverte de David Vincent Camuglio

On ne rencontre pas de vrai créateur tous les jours. Nous tentons de vous en faire découvrir ici le plus régulièrement possible (et on continuera de vous en faire découvrir), mais les créatifs se font rares. Par ailleurs, si la mode masculine a connu un regain d’intérêt ces dernières années, force nous est de constater que le style et la mode continuent de souffrir d’une certaine standardisation très facilement identifiable. Beaucoup de jeunes hommes – entre 20 et 35 ans – s’habillent aujourd’hui de la même manière : runners ou Stan Smith au pieds, jean brut et veste workwear, c’est pourquoi nous avons souhaité nous concentrer aujourd’hui sur les étapes préliminaires à la production des vêtements, afin de rappeler qu’il est possible de joindre l’utile à l’agréable, l’art à l’utilitaire, et que s’habiller comme tout le monde, c’est s’habiller comme n’importe qui.

Le parcours du créateur

David Vincent Camuglio a commencé par travailler avec un maître tailleur – Richard Carrière. Il a ensuite appris le métier de fourreur, puis il a continué à se former en assistant Popy Moréni et enfin Louis Féraud. Il a enfin suivi les cours du studio Berçôt. Il a par la suite également travaillé pour Jérémy Scott, Bertrand Maréchal, Shirtology’s, et Lanvin. Après un voyage à New York, et quelques concours, il présente sa première collection en 2001. Il reçoit par la suite la bourse LVMH pour deux collections et défile au musée Galliera. En 2005 il fait parti du show-room de vente d’Analuiza Fashion Office et vend la collection en Espagne, en Russie, en Australie, au Japon et en France. En 2008 il participe au vernissage de l’exposition organisée par Marie Guglielmetti « sexe&pouvoir » et cumule comme consultant pour divers écoles de mode à Paris. En 2012 il présente sa dernière collection à paris et à Bruxelles, créé des costumes pour 2 pièces de théâtre en 2013 et 2014, et participe à un festival de mode en Algérie.

À noter que la majeure partie du travail de David Vincent se concentre autour de la mode pour femmes. Cependant, pour lui, créer pour la femme c’est aussi créer pour l’homme (et inversement). Les matières utilisées, les jeux de découpes sont les mêmes : seules les pièces et les proportions elles-mêmes changent. D’ailleurs, les vêtements que David Vincent réalise, il les porte lui-même. On est loin du pragmatisme ambiant qui cantonne nos deux genres à des mondes très distincts et particuliers pour les marques. D’ailleurs, la grande partie des créateurs dont nous vous parlons ne produit que pour homme.

Le processus créatif

Lorsque le travail de David Vincent se termine sur une collection, il lui apparaît en général des sortes de « flashs« . Ce flash constitue le fil conducteur de la nouvelle collection, son essence première. À partir de ce flash, David Vincent « travaille son inspiration » : il enrichit son imaginaire par des images, des photographies, des écrits, des visites de musée.

mur d'inspiration DVC

Des images que le créateur garde d’année en année. Parmi ses inspirations, on compte Bette Midler, Joan Crawford, Vivian Leigh, Anna Magnani, Ava Gardner, Rossy de Palma, mais également Anselm Kiefer et Pierre Soulages

Dès que ce type de flash apparaît, David Vincent dessine, et c’est un vrai travail de maïeutique créatrice qu’il réalise, accompagné par ses livres de médecine et d’anatomie. La recherche autour du corps tient une place centrale dans le discours et le travail du créateur, et c’est ce qui fonde son entreprise : créer des vêtements portables pour le corps, par le corps – muscles, articulations, mouvements du corps sont étudiés et pris en compte. Une fois ce premier travail de recherche terminé vient le temps de contacter des fournisseurs, afin de sélectionner des matières ou en créer de nouvelles. La soie et le cuir cotoîent le silicone, pigmenté ou non, le latex, ou encore le cuir boursouflé.

matières DVC

Enfin, lorsque ce travail de pure création est terminé, David Vincent s’attelle à la mise en volume de son travail : travail des toiles, création des silhouettes. C’est la dernière étape avant la fabrication du vêtement lui-même. Les prototypes sont réalisés par un atelier indépendant que David Vincent choisit soigneusement, et qui doit être capable de travailler avec les nombreuses matières – particulières – qu’il sélectionne. La production elle-même est réalisée dans la région de Tours. Encore une fois, tout ce travail de création n’est intéressant que s’il débouche sur la production de « vrais vêtements », portables au quotidien, confortables, et esthétiques.

Quelques collections

J’ai souhaité vous présenter quelques collections : celles que j’ai appréciées et qui m’ont interpellées. Le but n’est pas tellement d’être exhaustif (impossible avec 18 collections au total), mais plutôt de donner un aperçu de l’univers très particulier que propose David Vincent Camuglio.

Automne hiver 2001/2002 (La souris verte)
C’est la toute première collection présentée, et elle jette les bases de ce que sera tout le travail du créateur par la suite : le jeu entre corps et vêtement. Le thème rappelle les jeux d’enfants, les petites comptines, l’enfance. Le pantin en bois prend corps grâce aux matières utilisées : lin et coton surtout.

DVC 2001 Un premier travail de découpe, au niveau des côtes ainsi qu’en verticale, rappelle le côté organique qui rejaillira ensuite à chaque collection. On note l’asymétrie des manches, la désarticulation de la silhouette.

DVC 2001 03

Une découpe bien plus présente encore : le haut est structuré et désarticulé. Un beau pantin, qu’on croirait tout en bois.

DVC 2001 02
Le même travail de découpe, qu’on trouvera plus symétrique et organisé pour l’homme.

Automne/hiver 2003 (Je pars en Russie au pays du froid)
David Vincent, lors de notre rencontre, nous a par exemple beaucoup parler de son voyage à Saint Petersbourg. Après un flash, il décide de partir pour la Russie : c’est en assistant au ballet Casse-Noisettes de Tchaïkovski qu’il trouve l’inspiration pour sa collection automne/hiver 2003. Sa vision est la suivante : « La nuit, lorsque la petite fille s’endort, ses poupées enfilent ses vêtements pour faire la fête toute la nuit, de ce fait, je travaille sur la sur dimension des proportions en recouvrant le corps de grands volumes de tissus, je nervure les articulations pour permettre une meilleure aisance, je boursoufle d’organza des tops et des jupes pour recomposer l’anatomie, et je quadrille certaines pièces de rubans de satin aux couleurs givrées de cette ville magique… ». 
Pour voir cette collection en détails, regardez la vidéo.


Printemps/été 2009 (Reconstruction du corps)

David Vincent aime beaucoup assister à des expositions d’art contemporain. Il a notamment beaucoup apprécié celle d’Anselm Kiefer : Monumenta (2007).

monumenta
Encore aujourd’hui, les pièces que le créateur propose possèdent quelques traits caractéristiques qui datent de 2009, notamment le jeu avec les pages cousues sur le le buste et qui symbolisent le temps qui passe. De manière plus globale, le styliste a travaillé sur la reconstruction industrielle : sur dimension, recomposition des corps. Il travaille également avec la peinture tissus pour créer ses propres imprimés.
DVC 2009

Encore un travail sur l’asymétrie des pièces très poussé. J’aime beaucoup la couleur que l’on voit typiquement très peu dans le vestiaire masculin.

DVC 2009 3
Une superposition de matières très réussie, avec un jeu sur les lignes du corps (les côtes)

DVC 2009 2

Printemps été 2015 (Poetic purity)

C’est la dernière collection proposée, et c’est un travail particulièrement abouti que nous propose David Vincent. Je suis littéralement tombé amoureux des couleurs, des matières utilisées et des pièces dans leur ensemble. La plupart sont un appel au printemps, et donc au renouveau. À regarder le lookbook de la collection, on se surprend à sentir comme un goût de cerise en bouche. Vous l’avez deviné : encore une fois, tout est organique. Les matières utilisées sont nobles et naturelles (soie, crêpe de soie, coton), excepté pour quelques pièces d’exception où le drapé et les effets voulus nécessitent des matières synthétiques (comme le polyester). Impossible, encore une fois, d’être tout à fait exhaustif : le tout est de vous montrer quelques pièces particulièrement appréciées.

DVC  2015 Sur le buste bleu, notez les pages dont je vous ai déjà parlé plus haut. La jupe est en polyester, nécessaire pour que l’effet perdure dans le temps.DVC  2015 2 Le « décrochement » de la jupe symbolise le renouveau, la mue : l’ancien vêtement tombe pour laisser le nouveau prendre sa place. Le motif – que David Vincent a créé lui-même – est très présent dans plusieurs collections.DVC  2015 3

Ma silhouette préférée. J’aime beaucoup ces sortes de bandelettes qui agissent comme un armure autour du buste. La matière est magnifique. 

Bien que les créations que nous avons présenté concernent avant tout le vestiaire féminin, nous avons pensé qu’un peu de création et de couleurs seraient les bienvenus. Nous avons tendance à uniformiser nos aspirations et nos esthétiques, n’oublions pas que le secteur de la mode est un secteur de création et qu’être sensible au vêtement, c’est aussi être sensible aux couleurs, aux formes, aux volumes, aux façons dont il interagit avec le corps. C’est d’ailleurs ce qui rend la mode si proche de nous. Merci à David Vincent pour son accueil, sa patience et son écoute. Nous lui souhaitons beaucoup de réussite pour la suite.

En attendant, je te dis à très bientôt Marcel,

Adrien

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Adrien Danseur et grand amateur de compote de pêche, j'aime avant tout les créateurs confidentiels, les foulards vintage, et les rayures. Beaucoup de rayures.


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