Arnaques, nems et bonnes affaires : La demi-mesure à Hong Kong et les recommandations pour choisir son costume

On a tous dans notre entourage plus ou moins proche un rigolo qui s’est fait faire un costume « en seulement 24h, tu te rends compte ? ». Et bien souvent, on doit acquiescer par courtoisie malgré les ajustements plutôt moyens et le tissu cheap effet papier alu. Mais faut-il mettre tous les tailleurs de Hong Kong dans le même panier ? Et surtout le tailleur est-il le seul responsable ?

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler des tailleurs de Hong Kong, des difficultés qu’on rencontre quand on souhaite y faire un costume, des astuces pour faire de bonnes affaires. Et oui, je vous ferai mon propre petit test perso car j’ai craqué sévèrement.

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Hong Kong et les tailleurs, une longue histoire d’amour.

Hong Kong a été une colonie britannique pendant très longtemps, elle n’est revenue à la Chine qu’il n’y a peu de temps (1997) et l’empreinte Anglaise s’y fait encore ressentir aujourd’hui. Les colons anglais avaient un besoin évident de costumes ce qui a fait apparaître dans cette belle ville des centaines de petits tailleurs, plus ou moins avertis, pour répondre à la demande.

Aujourd’hui, on pourrait diviser l’offre Hongkongaise en 3 catégories :

• Les tailleurs proprement incapables et escrocs et qui ne survivent qu’en arnaquant les touristes avec des prix aussi ridicules que leurs costumes et chemises.
Ceux là, vous les reconnaîtrez à leurs prix ridicules (à partir de 10 euros pour une chemise et 100 euros pour un costume), à leur baratin commercial (ils chantent des termes qu’ils ne comprennent pas tels bespoke et full-canvasing) et à leurs tactiques agressives (c’est du véritable racolage, vous n’imaginez pas… sauf qu’au lieu de vous proposer des Foot Massages, ils vous proposent des chemises cheap).

• Les tailleurs «pochette surprise» chez lesquels on trouve du très bon et du très mauvais.
C’est chez eux qu’on peut faire de très bonnes et de très mauvaises affaires. On retrouve leur nom régulièrement sur StyleForum et sur les fora d’expatriés.
On les reconnaît à leurs prix tout de suite plus raisonnables (avec des costumes coûtant entre 200 et 600 euros environ selon le tissu choisi), à leurs boutiques qui font plus pro (c’est à dire propres, remplies de créations et de commandes), et à une foultitude d’autres détails comme leur tenue et le contact qu’on a avec eux. C’est aussi au «feeling» comme disent les filles.

Les tailleurs reconnus dont on peut être sûr du résultat.
Souvent des tailleurs installés depuis longtemps, ils sont facilement identifiés sur StyleForum et sur les autres fora d’expatriés. Dans cette catégorie, on peut citer notamment WW.Chan, au sommet.
Les prix se rapprochent des prix qu’on pourrait trouver en France, chez Samson par exemple, sauf qu’on augmente encore la qualité du tissu, voire celle de la façon. Je m’explique : pour 800-1200 euros, vous trouverez un bon costume entoilé en demi-mesure en France, alors qu’à Hong Kong, on aura plutôt à faire à l’équivalent local du bespoke. Ça donne envie évidemment, mais le prix reste très conséquent, bien que l’affaire soit très bonne dans l’absolu.

On va se focaliser en attendant d’avoir plus de sous sur l’offre «pochette surprise» car il s’agit de la plus accessible et de la plus drôle.

Quelles sont les difficultés à prendre en compte pour faire un costume ? (ou une veste ou un pantalon ou une salopette si vous y tenez vraiment)

• La langue tout d’abord : la plupart des tailleurs parlent anglais, certes, mais le niveau d’anglais n’est pas toujours le même et vous ne pouvez vous permettre d’approximations si vous voulez obtenir le résultat escompté. C’est pour cette raison que les photos sont votre meilleure arme afin de vous faire comprendre pour de nombreux détails, comme la forme des revers.

• Ensuite vient la barrière relationnelle : j’ai rencontré de nombreux tailleurs sans doute très capables mais dont l’accueil était tellement mauvais que ce n’était pas la peine d’essayer. Vous n’avez pas envie de venir chez votre tailleur à reculons à chaque essayage et encore moins envie qu’on vous envoie bouler lorsque vous voulez vous renseigner ou demander quelque chose de particulier.

• Le manque de préparation sur le sujet et sur ce que vous désirez : c’est essentiel avec cette catégorie de tailleurs. Il est nécessaire de connaître un minimum le sujet . J’entends par là comprendre les différents types de fabrications (thermocollage ou fusing, semi entoilage ou half canvasing, entoilage intégrale ou full canvasing), et surtout connaître le genre de tissus qui vous intéressent : c’est à dire le tissu le plus adapté à l’utilisation que vous souhaitez faire de votre costume. C’est un peu comme se préparer avant d’aller au combat.

• Enfin, il faut parfois faire davantage confiance à ses impressions concernant le fit qu’à l’avis de votre tailleur : par fainéantise ou par manque de connaissances, celui-ci peut parfois vous assurer que la coupe est bonne alors que ce n’est pas du tout le cas. Rappelez vous: le fit parfait se ressent lorsque que vous êtes parfaitement maintenu par votre veste sans pour autant que vous ressentiez de la tension à certains points (notamment au niveau du dos ou de la poitrine).

Petite annexe: comment choisir un costume ou une veste en fonction de son utilisation ?

Ici, on va surtout parler du choix des tissus, des doublures et autres petites personnalisations sur lesquelles on peut se faire plaisir pour avoir un costume qu’on a plaisir à porter.

Commençons avez le choix des tissus.

On peut grossièrement répartir les tissus en trois catégories : les tissus de mi-saison que l’on peut en théorie porter toute l’année, les tissus d’hiver plus chauds et les tissus d’été plus légers.

Il faut donc prendre en compte plusieurs paramètres :

Tout d’abord, la composition : la matière reine qui devrait constituer votre costume, c’est la laine. La laine est la matière la plus polyvalente. Ensuite, on peut s’autoriser des variations en fonction de l’utilisation.

Un costume mi-saison devrait être constitué de laine uniquement voire d’une pointe de cachemire ou de soie pour en améliorer le toucher et le tombé. Comme vous pouvez le constater, les costumes professionnels gravitent souvent en termes de couleurs autour du bleu marine ou indigo et des nuances de gris (qui peuvent se décliner à l’infini selon les motifs que vous pourrez ajouter comme le Prince de Galles ou le Pied de Poule). Bannissez le noir, réservé au personnel ou aux événements nocturnes depuis deux siècles. Enfin, pour choisir au mieux votre costume, veillez aussi à raisonner en terme de contraste : plus votre carnation contraste avec la pigmentation de vos cheveux, plus la couleur de votre costume pourra être foncé ou profonde afin de reproduire ce contraste et répartir uniformément le regard sur vous.

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Deux exemples de basiques en laine pure 110S – à consommer sans modération lorsque vous débutez et que vous ne voulez pas vous tromper.

Un costume d’été, au contraire, permet plus de variations : le coton, la soie et le lin sont de précieux alliés afin d’éviter les vilaines auréoles. Aussi, les mélanges laine-lin-soie ainsi que les laines fraîches et les laines tropicales (j’y reviendrai en parlant des tissages) constituent un bon compromis entre tenue du tissu et légèreté. Pour ceux qui peuvent se permettre des tenues plus décontractées, les mélanges lin-coton, laine-lin voire carrément les cotons et lins purs permettent d’obtenir des costumes plus légers et plus confortables – même si le tissu a tendance à froisser davantage. D’ailleurs, comme vous pourrez le remarquer, les tissus d’été tendent à être plus clairs pour mieux correspondre à l’ensoleillement mais aussi pour mieux réfléchir les rayons du soleil : cela contribue à réduire la sensation de chaleur.

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Une photo d’une belle étoffe de fresco présentant les alvéoles caractéristiques.

• Enfin pour l’hiver, un tissu pur laine, une laine mélangée avec du cachemire voire des laines mérinos vous tiendront plus chaud. Ces tissus se reconnaissent généralement à leur aspect duveteux (un peu comme votre premier lapin en peluche).

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De belles flanelles de caractère tout droit sorties de chez Vitale Barberis Canonico (VBC).

Concernant le titrage (vous savez, ces fameux super «machin» dont les vendeurs aiment vous rabâchent les oreilles) et son influence non négligeable sur votre costume :
Le titrage représente la finesse des fibres qui composent votre drap de laine. Ainsi, plus le tissu dispose d’un « super » élevé, plus il est doux, chaud et brillant. Cependant, le tissu est également plus fin, fragile et propre à froisser. À l’inverse, un tissu avec un «super» plus faible est plus rêche mais aussi plus résistant et moins susceptible de se froisser. Dans l’idéal, il faut rester sur des tissus doux mais résistants, donc sur des tissus qui se situent entre le super 110s et le super 130s, car la composition et le tissage du tissu permettent ensuite à l’étoffe d’être plus ou moins douce et plus ou moins chaude.

Le tissage est un autre paramètre essentiel à prendre en compte :

À titrage et composition égaux, le tissage permet aussi bien d’obtenir une laine extrêmement légère et très adaptée à la saison estivale qu’une laine épaisse et chaude dans laquelle s’encoconner l’hiver.

• Ainsi, une laine peignée et fine constitue un choix excellent pour toute l’année et surtout la mi-saison.
• Ensuite, une flanelle duveteuse s’avère une solution très adaptée à l’hiver pour la chaleur qu’elle procure.
• Enfin, les laines aérifères (c’est à dire au tissage aéré) comme la laine fraîche ou «Fresco» se révèlent être des étoffes de choix pour passer l’été au sec. On reconnaît facilement ces tissus à leur toucher légèrement rêche et à leur texture alvéolée (un peu comme comme une ruche pour ceux qui mangeaient des Miel Pops).

Dernier paramètre à considérer, la manufacture à l’origine du tissu :
Il existe une multitude de manufactures qui proposent des tissus de qualité inégale. Donc en attendant d’avoir l’expérience, il est préférable d’éviter les manufactures inconnues au bataillon et de se focaliser sur les tissus VBC, voire Scabal et Loro Piana pour les plus fortunés.

Finalement, il faut apprendre petit à petit à se fier à son impression lorsqu’on touche le tissu, cela vous fera souvent gagner du temps et vous permettra de faire de bonnes découvertes chez des manufactures moins connues et donc moins chères.

Passons maintenant au débat sans fin du doublage ou non des vestes :

Dans la majorité des cas, les vestes sont doublées (non sans raison) avec des matières satinées, qui sont en général faites de viscose ou de coton. La présence de cette doublure s’explique pour divers motifs :
• Tout d’abord, cette couche soyeuse évite les frottements excessifs entre votre chemise et le tissu de votre veste, ce qui la préserve. Cela permet également d’enfiler plus facilement votre veste.
• Cette doublure dispose également de propriétés isolantes : cette couche supplémentaire confère de la chaleur à une veste, ce qui est loin d’être inutile la plupart du temps.
• Enfin, cette épaisseur supplémentaire assure au tissu une meilleure tenue, ce qui limite les plis.

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Une doublure habituelle sur une veste, qui tient le tissu et qui tient chaud également.

Cependant, lorsque la température monte (comme dans un film de Rocco), l’absence de doublure, même partielle, devient une possibilité à envisager sérieusement.
• Seul prérequis, les finitions doivent être extrêmement soignées si vous souhaitez ne pas doubler votre veste : en effet, les coutures seront exposées et devront donc être renforcées afin de ne pas être endommagées par les frottements. Mais je vous rassure, ça se fait très bien, il suffit généralement de le demander explicitement.
• Au final, le meilleur compromis entre durabilité et légèreté est alors la doublure partielle qui se situera uniquement au niveau des manches et du haut du dos et laissera ainsi le buste plus aéré (votre chemise vous dira merci en été).

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Une doublure partielle, qui assure confort, tenue et durabilité

Une infinité de détails possibles (tout en restant de bon goût)

En fonction de l’environnement professionnel dans lequel vous évoluez, il y a des codes vestimentaires, souvent implicites, que vous devrez respecter : ainsi, les personnes évoluant dans le milieu du conseil, de la finance ou des cabinets d’avocats ne peuvent se permettre les mêmes libertés que les personnes travaillant à leur compte ou travaillant dans des milieux plus libéraux, je pense notamment au milieu des médias.

Les Boutons : des boutons en plastique ton sur ton, ou noirs, ou des boutons en corne ne seront jamais malvenus. Cependant, d’autres personnalisations seront beaucoup trop informelles pour les milieux les plus conservateurs. Par exemple, les boutons blancs, argent ou doré sur un blazer bleu marine seraient inappropriés sur un costume formel de la même couleur.

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Boutons classiques …

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ou boutons plus originaux, de quel côté pencherez-vous ?

Les doublures : les doublures colorées sont un choix très personnel. Certains préfèrent une doublure sombre et invisible, d’autres des doublures très colorées (l’une de mes bonnes connaissances n’envisage d’ailleurs un costume sans cette petite provocation). Finalement, personne ne verra votre doublure, alors c’est un choix à faire en votre âme et conscience : qu’est-ce qui est de bon goût selon vous ? Quelle est votre vision du formel ? Aimez vous provoquer ? Êtes vous friands de ces fameux Twists dans les tenues ?

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Il faut de tout pour faire un monde après tout !

Les coutures contrastées : là, on rentre en terrain miné.  Certains apprécient, d’autres hurlent à l’hérésie (devinez où je me situe !). Ce que l’on peut reprocher à ces coutures que beaucoup de tailleurs Hongkongais bas de gamme adorent, c’est que l’on frôle dangereusement avec le bling-bling et l’ostentatoire.

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Subtil ou beauf, qu’en pensez vous ? Oui, ça peut être mieux fait

Les formes de revers : c’est un domaine où l’on peut facilement s’exprimer si son tailleur est compétent, car le manque de connaissances en général sur l’art sartorial est trop réduit pour comprendre les différences de revers et donc l’aspect formel ou non de ceux-ci. Ainsi, sur un costume droit, vous pouvez choisir selon vos goûts entre les notch lapels et les peak lapels. Vous pouvez ensuite jouer sur les formes de ces revers de bien des manières:  arrondis ou non, plus ou moins longs et hauts, plus ou moins larges et j’en passe. Finalement, le mieux serait de lire cet article très détaillé de chez Parisian Gentleman qui fera des intéressés des pros des revers. L’important, c’est de garder en tête les notions d’équilibre et de proportions : évitez les revers à la Lapo Elkann si vous êtes une crevette (ou que vous n’avez pas sa liberté d’expression).

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Quand vos revers occupent toute votre veste, c’est que vous êtes allés trop loin !

Le nombre de boutons : si vous ne voulez pas vous planter, je vous conseillerais dans 100% des cas de vous diriger vers les costumes droits, deux boutons, tout simplement parce qu’il s’agit du costume le plus simple qui met tout le monde en valeur si bien coupé. De plus, son caractère classique/banal permet de le porter dans n’importe quel type d’entreprise. Il faut avoir à l’esprit que le fait de porter un costume croisé, par exemple, pourrait être malvenu lorsque vous arrivez dans une entreprise : le costume croisé (6 on 2, 6 on 1, ou 4 on 2) est pourtant un choix classique, me direz vous. Je vous répondrai qu’il n’est plus dans la norme. Ainsi, le fait d’en porter un attirera l’attention sur vous, ce qui sera mal vu dans certaines entreprises.
Pour résumer, dans les entreprises les plus formelles, vous pouvez vous permettre des costumes droits deux boutons, deux boutons et demi et des costumes croisés (6 on 2 de préférence car plus classique). Veillez juste à ne pas venir en croisé au tout début afin de ne pas vous faire étiqueté.

Dans les milieux plus libéraux, vous pourrez envisager d’autres options plus personnelles comme les costumes droits un bouton (qui font des merveilles pour toutes les silhouettes) et les costumes croisés 6 on 1 et 4 on 2 (qui sont plus typés).

Le placement des boutons actifs : on parle ici de la position des boutons au niveau de l’abdomen, que ce soit sur un costume droit ou un costume croisé. Ceux-ci jouent un rôle primordial dans la silhouette globale. Un boutonnage bas, c’est à dire se rapprochant du nombril, allonge le torse, permet des revers plus longs élançant la silhouette grâce au V plus important. Cependant, la tension se déplace alors plus bas, ce qui exige un ventre très plat généralement. Le boutonnage placé plus haut va uniformiser la silhouette en réduisant le V, l’élançant moins. Cependant, la tension est mieux répartie sur le torse et met davantage en valeur le costume grâce au cintrage plus simple. Finalement, c’est une question de goûts et d’esthétique : on ne peut pas vous imposer vos choix, vos préférences et vos goûts. On peut simplement tenter de vous donner les moyens d’optimiser votre silhouette et de trouver votre style.

Les différentes longueur d’une veste de costume : ici, ça va être l’occasion de rappeler les règles concernant la longueur de la veste et des manches. Pour la longueur des vestes, on a tendance à voir deux extrêmes généralement : les vestes trop longues qui rendent vos jambes trop courtes, et les vestes trop courtes qui découvrent votre séant et qui sont assez inélégantes. L’optimum se trouve lorsque votre veste recouvre vos fesses sans descendre plus bas au niveau des jambes.

Ensuite, concernant la longueur des manches, on peut établir comme règle-repère que la manche doit s’arrêter au niveau de la boule osseuse de votre poignet environ et que la chemise doit recouvrir cet intervalle entre le poignet et le début de la main : la manche doit toujours être visible (à hauteur de 1-3 cm) pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cela montre que votre costume est à votre taille et que vous en maîtrisez les codes. Ensuite, cela permet un rappel de couleur très esthétique entre votre chemise dévoilée par la veste et les bouts de chemise dépassant des manches de la veste.

On a désormais passé en revue les principaux détails permettant de choisir une veste. Cependant, ce serait un manque de professionnalisme de ma part de ne pas parler aussi pantalon : c’est une pièce qui pose généralement des problèmes car elle demande beaucoup de rigueur dans la coupe, quel que soit le style voulu.

Le pantalon (non, il ne fait pas partie de la veste mais je vais en parler quand même) :

On va ici prendre en compte tous les détails et styles possibles afin de vous permettre d’obtenir ce que VOUS voulez et qui VOUS met en valeur.

La longueur et le fuselage: ces deux éléments sont indissociables afin d’obtenir un pantalon équilibré. On va donc traiter des différents styles de pantalons afin d’obtenir les combinaisons «optimales».

Court et fuselé : c’est la mode, c’est l’équivalent pour le pantalon des vestes cintrées qui mettent votre corps en valeur. Le pantalon est alors ajusté, suit votre jambe le plus possible tout en gardant une ligne impeccable. Car ce style peut-être bien fait comme très mal réussi. On se rapproche ici des coupes slim voire semi-slim. Le pantalon a alors la possibilité d’effleurer vos chaussures sans casser: cela mettra en valeur vos chaussures ainsi que vos chaussettes ou mi-bas. L’avantage de ce style, c’est qu’il est très pointu et met en valeur tous les éléments de vos tenues, ce qui permet de jouer facilement sur les couleurs (avec vos combinaisons de pantalon/mi-bas/souliers). Le plus, c’est l’aspect très dynamique du costume qui ne tasse/casse à aucun moment. Pour cela, il vous faut de la patience pour arriver à la bonne longueur, ni trop longue (car un pantalon étroit tasse beaucoup plus vite au niveau de la cassure), ni trop courte (vos chaussettes se voient trop, créant un trou entre le haut de la chaussure et le pantalon).

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Le gang des pantalons qui ne cassent pas.

Cassant et fuselé : pour certains, c’est non négociable, le pantalon doit casser. Là, il faut être alors d’autant plus rigoureux que la frontière est mince entre un pantalon cassant une fois de manière délicate et un pantalon pataud comme on peut en croiser chez la plupart des personnes. Il faut alors faire de multiples essais afin de parvenir à l’équilibre. La chaussure est alors légèrement recouverte et on ne peut voir vos mi-bas quand vous êtes debout, statique. Cependant, une règle à retenir, c’est que plus un pantalon est court, plus il doit être fuselé et inversement, afin que le pli soit net et élégant. Ainsi, les pantalons les plus fuselés gagnent à être courts car il n’y a pas suffisamment de tissus pour qu’il puissent casser de manière nette en un un seul point.

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Un beau compromis entre l’ancien et le nouveau monde

Ensuite, on rentre dans un style plus rétro avec des pantalons plus larges et plus longs mais disposant d’un cassant pouvant avoir beaucoup d’allure. En fait, c’est d’autant plus possible avec des matières lourdes comme les flanelles qui permettent aux plis d’avoir plus de tenue et d’uniformité. Cependant, le pantalon de laine fine gagnera toujours à être fuselé et à disposer d’un cassant inexistant ou léger.

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Un côté plus traditionnel mais aussi plus confortable se dégage de ce pantalon

Un autre paramètre, la hauteur du pantalon : c’est surtout l’occasion de faire un petit éloge des pantalons à la taille naturelle voire haute.

La taille basse : très à la mode, pas forcément la plus élégante ni celle qui met en valeur, la taille basse est la fille des jeans taille basse que l’on a vu fleurir un peu partout à un moment. L’utilité du pantalon taille basse est d’allonger le torse car les jambes s’arrêtent plus bas. Cependant, cette coupe provoque plusieurs soucis : cela va raccourcir vos jambes, d’autant plus si vous êtes petit. Ensuite, un pantalon plus bas que la taille créera un trou entre le pantalon et la veste laissant entrevoir la chemise. Cela casse la continuité du costume en terme de couleur et raccourcit donc la silhouette, moins homogène. Enfin, en terme de confort et de plis, on pourrait faire mieux également.

La taille naturelle (légèrement au dessus de vos hanches et presque au niveau du nombril : ah, que de bonheur en terme de confort, d’allure et de maintien des plis ! Le pantalon cache la chemise quand vous porter la veste, créant une continuité visuelle des plus élégantes. De plus, le confort d’un pantalon ajusté à la taille et tenant sans ceinture est incomparable, ça donnerait presque envie de ne porter que des bretelles. Ce que je tente d’expliquer, c’est qu’un pantalon devrait tenir sans ceinture dans l’idéal car cela permet de relayer celle ci au rang d’accessoire uniquement esthétique, ce qui vous évite l’inconfort d’une ceinture qui vous serre. Enfin, un pantalon maintenu plus haut permet de préserver mieux la ligne du pantalon et ses plis car le pantalons tombe de plus haut. Cette coupe est à privilégier pour la plupart des personnes car elle n’est jamais hors propos.

la taille haute : elle présente les même avantages que la taille naturelle et est une question de goût stylistique ensuite. Cependant, elle réduit considérablement le torse et doit donc être utilisée avec précaution. Elle convient généralement aux personnes grandes en somme.

Des possibilités de Tuning… enfin … je veux dire de personnalisations nombreuses.

Vous pouvez ensuite jouer sur de nombreux paramètres en fonction de vos goûts: voulez vous des passants de ceinture, des side-adjusters (des languettes des deux côtés de la taille que l’on peut serrer voire desserrer après un bon repas) ou êtes vous plutôt bretelles ? Poches droites ou plutôt biaisées ? Pantalon droit ou à plis pour le style et plus de confort ? Revers ou non ? C’est vous qui décidez.

Je pense pouvoir dire que la plupart des interrogations ont pu être balayées afin de vous faciliter vos futurs choix.

Passons maintenant à la partie Test !

Test de Lapel Tailor, Carnarvon Road à Hong Kong

Je n’ai jamais eu de costume auparavant, je n’en avais pas besoin: le costume est de moins en moins nécessaire aujourd’hui, surtout quand on est jeune. Cependant, vient un moment où l’on commence à en avoir besoin (pour les entretiens notamment puis pour le travail) mais aussi l’envie.

Je vous propose aujourd’hui un test de deux costumes: un croisé ainsi qu’un droit.

La première fois où je suis entré dans la boutique, l’accueil était plutôt agréable. Très commercial mais plutôt sympathique. De plus, les tarifs étaient très corrects (à partir de 280 euros pour un costume en coton ou en laine tropicale, 350 pour un tissu en laine correct et 400 pour un tissu en laine VBC avec plus de caractère). Le plus important, c’est que j’ai pu dès le début convenir que le costume ne serait pas une arnaque faite en 24h et que je ne pourrais retoucher ensuite dès que nécessaire.

Pour le choix des tissus, je voulais commencer avec des costumes polyvalents avec des tissus dits de mi-saisons car ils ne sont ni trop chauds, ni trop froids. Je suis donc parti sur deux tissus VBC: un gris et un bleu indigo. Je ne voulais pas pour autant que les tissus soient ennuyeux et se fondent dans les masses de tissus sombres que l’on peut voir tous les jours. C’est ainsi que j’ai choisi un tissu gris clair chiné et sur un bleu indigo à motif œil de perdrix. Les deux tissus ont ainsi une texture avec du caractère.

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Ensuite, la meilleure choses à faire afin d’éviter toute erreur, c’était de tout noter sur une grande feuille A4 et d’envoyer quelques photos pour bien se faire comprendre.

Commence alors un long périple de deux semaines et de 8 essais afin de ne rien trouver à redire à aucun des deux costumes.

Ça commence ainsi avec un veste sans manche dans une taille standardisée qui est ensuite adaptée

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Je le sentais tellement bien que j’en souriais ! 

Ce chemin fut juché d’embûche, les costumes oscillant d’abord du côté trop long ou trop ample avant de rencontrer l’autre extrême avec des vestes pleines de tension. À chaque fois, des photos étaient prises sous tous les angles pour pouvoir illustrer cet article et pour me rendre moi-même compte à tête reposée là où des défauts m’avaient échappé. À tous ceux d’ailleurs qui pensent qu’un costume ne peut-être trop cintré, je vous réponds ceci !

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Mais au fil des essais, la forme apparaît, le sourire grandit et on se dit que ça en valait la peine.

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Donc petit test des finitions

Les finitions sont correctes à ce prix, ni plus, ni moins :

Les poches sont fonctionnelles et doublées, mais on ne trouve pas pour autant de finitions haut de gamme. On paye 400 euros pour avoir un costume d’une qualité de montage standard mais dans un beau tissu, rien de plus.

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Petit détail que j’apprécie: une double poche qui permet de mettre de petits objets sans qu’ils ne bougent trop.

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Mais par exemple absence de garde de propreté aux aisselles comme à l’entrejambe

Est-ce que j’y retournerai ? Oui, bien sûr. Je n’ai pas l’âge d’investir plus dans des costumes et je veux avant tout disposer d’une garde robe business complète me permettant de les faire tourner et donc d’allonger la durée de vie de mes costumes.

Conclusion:

Les tailleurs de Hong Kong ont du talent, de belles matières et des prix très compétitifs. Cependant, il faut exercer son œil, prendre son temps, si l’on veut aboutir à ce que l’on désire obtenir. Vous devrez vous fier à vos connaissances, à votre instinct si vous comptez obtenir le costume si personnel que vous désirez tant. J’espère vous avoir donné toutes les clés qui vous permettront de faire de belles affaires et de trouver les costumes de vos demi-rêves.

A bientôt.

Max, qui se croirait au Pitti Uomo.

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About Author

Max Petit chroniqueur (si je ne me fais pas virer et retirer ma prime en Haribo d'ici là) à ses heures perdues, je milite pour que le style et non la mode, ne laisse indifférent. J'aime le style preppy agrémenté d'une bonne touche de provocation. Après tout, "plaire à tout le monde, c'est plaire à n'importe qui". Retrouvez Max sur Le Dandy du Taudis.


6 COMMENTS ON THIS POST To “Arnaques, nems et bonnes affaires : La demi-mesure à Hong Kong et les recommandations pour choisir son costume”

  1. AlexRamius dit :

    A HongKong, en cherchant pas mal en amont, j’avais décidé de faire un trois pièces chez Bonham Strand. Plutôt satisfait du résultat, on était sur des prix un peu plus élevé, mais travail nickel, à l’exception de la boutonnière de revers (néanmoins, je n’en ai pas vu de très belles dans aucun atelier la-bas si on excepte les véritables grandes mesures) et du gilet croisé qui ne correspondait pas à ce que j’avais demandé (les boutons étaient trops écartés, comme un gilet droit).

    Mais de manière générale, et sans vouloir discriminant, il y a un moyen très simple d’éviter la plupart des arnaques à Hong Kong: éviter les Indiens.

    Petit addendum: Pour avoir pas mal fait de tourisme sartorial en Asie, et en excluant le Japon de l’équation, le meilleur rapport qualité prix que j’ai pu constaté était à Seoul, avec un entoilé complet de très bonne facture à 500e (3pce) la façon.

  2. Max dit :

    Bonsoir Alexandre.

    Ravi que tu partages avec nous ces bons plans. Ton commentaire ne me choque pas car en effet, les Indiens et plutôt les Pakistanais sont ceux qui faisaient généralement du racolage (sauf qu’encore une fois, ils te harcelaient pour te vendre une chemise avant de te proposer autre chose). Bref, ce que je veux dire, c’est qu’en général, dans une boutique et non pas un appartement, avec un tailleur qui a régulièrement de l’activité, tu pourras toujours obtenir ce que tu veux à force de retouches. Et avec le temps, les commandes s’améliorent. Car le gros problème, c’est de se faire comprendre, en terme de design et de fit. Donc pas d’astuces miracles malheureusement si ce n’est les photos et le temps

    Merci également pour le conseil quant à Séoul, j’avais justement vu ton croisé beige qui faisait bigrement envie. Je tenterai sans doute l’expérience cette année.

    Au plaisir.

  3. AlexRamius dit :

    Tout à fait d’accord, trop de gens pense que tout type de mesure donne un résultat nickel, alors qu’il s’agit bien souvent d’un dialogue à trois et d’une relation à construire sur le long terme.
    C’est une des raisons pour lesquelles je recommande Bonham Strand: si les tailleurs ne parlent pas anglais, on parle en fait avec un styliste qui travaille pour leur collectif (en fait c’est un groupe de vieux tailleurs chinois qui forment d’anciens délinquants, donc ils ont des aides gouvernementales et une main d’oeuvre qu’ils forment eux même, d’où des prix relativement attractif) et selon le lieux où l’on prend rendez vous, on les voit bosser (un des bureaux est en fait simplement dans la salle qui jouxte leur atelier).

    Et puis, même lorsque l’on a affaire à des professionnels en France, l’erreur peut simplement naître de la discussion. J’avais eut plusieurs soucis lors d’une commande chez Scavini à cause de simples malentendus.

    Bon, je dis tout ça, mais tu dois le savoir déjà, surtout si apparemment tu dois avoir lu mes posts sur le forum BG :p mais ça peut être utile qui quelqu’un lis ça en passant ^^

  4. Max dit :

    Mais oui Alexandre, tu illumines BG quand j’y vais et tu es mon modèle haha 😉

    Mais plus sérieusement je ne manquerai pas de faire un tour chez Bonham voire d’y faire un reportage, ça donne vraiment envie une telle entreprise.

    Au plaisir de te lire à nouveau sur un prochain article.

  5. Mika dit :

    Beaucoup de choses apprises dans cet article, continuez comme ça les gars 😀

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